Les trois défis de l’Algérie

9 Mai 1973 • Jean-François Merle

Dix ans après l’indépendance, l’Algérie se reconstruit et s’est imposée trois défis. Révolution agraire, charte de la gestion socialiste des entreprises et éducation sont les défis d’une orientation socialiste qui se fait sur la base d’une économie dont le décollage semble en bonne voie. La révolution agraire engage l’Algérie dans la création de nouveaux villages coopératifs où les habitants regroupés pourront bénéficier des facilités d’exploitation, d’équipement et de formation. Les bouleversements institutionnels qui affectent l’industrie ne sont pas moins grands que ceux qui changent les structures agraires. A travers les commissions, les représentants des travailleurs sont associés à l’ensemble des problèmes de production et à la gestion courante. L’Algérie doit également assumer le défi de l’alphabétisation de la grande majorité des travailleurs et leur formation dans l’exercice du pouvoir. Toutes ces choix posent d’autant plus de questions, que ces orientations nationales restent l’apanage du Conseil de la Révolution. Des adaptations et ajustements seront nécessaires  une fois que l’essor économique sera effectif.

Le retour de la guerre d’Algérie

Mots-clés : Algérie, mémoire, Publications

4 Avril 1973 • René Schneider

Le retour de la guerre d’Algérie, sur le devant de la scène, par l’intermédiaire de l’édition littéraire ou cinématographique, fait recette après un lourd silence soigneusement entretenu sur cette question. Yves Courrière, André Harris, Alain Sédouy, Vautier par leurs films et publications récentes interrogent sur le sens que peut avoir ce déferlement d’information, si tant est qu’il s’agisse réellement d’informations. Pendant dix ans la guerre d’Algérie est restée au rang des souvenirs que personne n’était fier d’évoquer. Beaucoup avaient besoin de se reconstruire, et préféraient tourner la page. Pour le PSU le silence peut s’expliquer par la faillite des espoirs mis dans l’avenir de la révolution algérienne. Aujourd’hui, les jeunes militants des organisations d’extrême-gauche sont amenés par leur pratique militante à fouiller les souvenirs de leurs ainés et prennent conscience des méthodes de répression, mettent en accusation le racisme et la situation faite aux immigrés ; ils découvrent que ces phénomènes n’ont rien de nouveau. Le conflit algérien, révélateur du mensonge permanent et de l’incroyable bonne conscience de la classe dirigeante peut nous interroger sur notre façon d’aborder aujourd’hui les questions politiques qui nous concernent mais une exigence s’affirme : contrôler l’information historique pour qu’on ne puisse pas dire : « si j’avais su »….

La presse et la guerre d’Agérie

Mots-clés : Algérie, presse

4 Avril 1973 • Claude Bourdet

Il n’était pas toujours facile d’être journaliste pendant la guerre d’Algérie. Claude Bourdet, Robert Barrat ont même fait de la prison pour délit d’opinion. Claude Bourdet analyse rétrospectivement les articles de presse sur l’Algérie de 1954 à 1962 et estime que la grande majorité des articles étaient prudents et bien en deçà de ce qui aurait pu être dénoncé. Il en analyse les raisons qui sont multiples. Le système colonial était fort peu critiqué et c’est dans cet état d’esprit qu’il faut expliquer l’autocensure des journalistes, l’absence d’effort de démystification et l’acceptation des thèses officielles. En outre la presse française privilégie le mythe, la thèse, le « ce qu’il faut penser » aux faits informatifs, au contraire de la presse anglo-saxonne. A cela s’ajoute les rapports particuliers en France du capitalisme et de la presse. Pourtant très lentement et insensiblement les informations et les idées fournies par la presse de gauche ont contribué à démanteler la mythologie coloniale et chacun des articles écrits, qui de semaine en semaine rétablissaient la vérité et dénonçaient les mensonges, ont fait oeuvre utile.