Institut
tribune
socialiste

Centre
Jacques
Sauvageot

Des idées pour un socialisme du XXIe siècle ?

H. Jancovici
Biographie :

Harry JANCOVICI (1947 – 2026)
Harry Jancovici, né le 5 mai 1947, est décédé à l’hôpital à Paris le 1er mai
2026 après avoir lutté courageusement pendant les trois derniers mois
contre la maladie.
Il parlait souvent de son père, un juif roumain, qui avait passé la nuit du
putsch des généraux à Alger, le 22 avril 1961, où on craignait une arrivée à
Paris des parachutistes factieux, sur son balcon au deuxième étage du 64
rue Condorcet, un pistolet à la main.
Il mène des études de philosophie à partir de 1966 à l’Université de
Nanterre, où il est secrétaire de la section ESU et militant à l’UNEF ; en
1968, il s’implique dans le mouvement du 22 mars avec d’autres
camarades dont il restera proche jusqu’à la fin de sa vie.
Ses activités politiques « post 68 », notamment à l’Université de
Vincennes, furent assez décousues. Alors qu’il n’avait aucun atome crochu
avec le communisme, il fit un court bout de chemin hors du PSU avec Alain
Badiou au sein de l’Union des communistes de France marxiste-léniniste
(UCFml) ; il en parlait des années plus tard en souriant.
Dans les années 70, il fit activement partie de réseaux d’aide à des militants politiques brésiliens échappés à la dictature, auxquels il apportait des fonds à Alger. Il en parlait peu, étant du genre discret et à ne
pas « la ramener ».
Harry était pétri de contradictions : pur intellectuel qui lisait deux livres
de philosophie en même temps, il était allé à Beyrouth rencontrer le Fatah
et s’était entraîné quelques jours au maniement des armes avec eux. Pour
Harry qui n’a jamais su planter un clou, c’était plutôt cocasse.

Il a enseigné quelque temps la philosophie à l’ULB (l’Université Libre de
Bruxelles) tout en continuant à militer dans des groupes de soutien à la
Palestine.
Dans les années 70, il abandonne l’enseignement pour l’édition, auprès de
son ami Joachim Vidal fondateur en 1976 des éditions de la Différence, et
il ouvre par ailleurs la galerie Harry Jancovici au 16 rue de Lille à Paris un
an plus tard.
Sa passion, dont il a fait son métier, était l’art moderne. Non pas comme
un collectionneur, mais à la fois comme un éditeur, un compagnon des
artistes et un intellectuel brillant qui réfléchit sur l’art comme langage de
pensée. Depuis les années 80, il éditait des livres d’art en associant un
artiste et un philosophe ou un écrivain. Citons par exemple « Logique de
la sensation » avec Gilles Deleuze et Francis Bacon, « Vite » avec Philippe
Sollers et De Kooning et bien d’autres.
Il était l’ami de beaucoup de grands artistes qui lui demandaient d’éditer
des catalogues d’exposition comme Louise Bourgeois, Maurice Matieu et
d’autres encore.
Il mettait aussi son talent de réunir artistes et intellectuels au service
d’organisations comme Médecins du Monde, Handicap International,
Amnesty International.
Notice de Pierre PLOIX