Critique socialiste n° 08
Cote : CRIT. SOC.
– Une victoire ouvrière : la lutte à Evian-Cachat (avril – octobre 1971) – Quelle organisation pour les paysans-travailleurs ? Commission Nationale Agricole du P.S.U. – L’expérience de la Chine Groupe de travail de la Commission Internationale du P.S.U. – Lettre de lecteur sur « l’échange inégal » 76
08
Mai – Juin 1972
24 x 18 cm, 80 p.
Syros
Conseil national, résolution d’orientation générale
« Les conditions de l’avancée du Parti »
Au conseil national de Juin 1972, cette résolution générale a été adoptée par 297 mandats contre 175, 34 abstentions et 12 refus de vote. Le décalage entre les problèmes quotidiens vécus par les travailleurs et les jeux du système politique est de plus en plus grand. Le besoin d’une perspective révolutionnaire crédible n’a jamais été aussi nette. Mais le mouvement révolutionnaire est divisé, tiraillé entre l’activisme spontané et le dogmatisme sectaire, il n’offre pas de perspective globale. On note les mêmes divergences au sein du PSU.
Dans ce contexte la résolution souligne l’urgence à constituer une véritable unité des travailleurs avec une coordination forte des luttes. Face à la décomposition actuelle du régime, une alternative politique ne peut se fonder sur la seule force des luttes sociales. Aussi le PSU prend l’initiative d’une rencontre nationale ouvrière pour débattre des conditions d’une véritable unité des travailleurs. Le Conseil souhaite préciser et poursuivre l’élaboration d’un programme révolutionnaire pour améliorer le rapport des forces des travailleurs contre la bourgeoisie.
Les minorités nationales dans la lutte anti-capitaliste
Les minorités nationales se retrouvent dans la plupart des pays capitalistes de l’Europe Occidentale. En France, ce sont les Basques, Bretons, Occitans, Catalans, Corses. Les États bourgeois les oppriment au niveau de la langue et de la culture et au niveau économique. Dans les plans d’aménagement du territoire, la plupart de ces régions sont vouées aux rôles de réserve de main-d’oeuvre et de matières premières, de désert touristique et de terrain de manoeuvre militaire. Face à cette situation, des mouvements s’organisent. Oui à l’internationalisme qui les unit non à la stratégie du Front National, c’est-à-dire à une alliance des ouvriers et des paysans avec les bourgeoisies nationales et sous leur direction politique. La stratégie du PSU vise à unifier les luttes des minorités entre elles et leur connait le droit à l’autodétermination de leur lutte comme il reconnait l’autonomie du mouvement de masse des femmes ou des immigrés. Le conseil National de Juvisy en Juin 1972 adopte à l’unanimité moins 8 abstentions et 3 refus de vote, un texte affirmant qu’il n’y a pas de contradiction entre la lutte de la classe ouvrière et celle des minorités nationales.
Compte rendu du Conseil national P.S.U, Juvisy
Le conseil national des 11 et 12 Juin 1972 réuni à Juvisy constate que la « Gauche révolutionnaire » s’est organisée en véritable parti. En se référant au texte sur le centralisme démocratique, adopté au Congrès de Lille, le conseil national interdit la double appartenance. Les militants se réclamant de la Gauche Révolutionnaire doivent choisir et se prononcer sur leur position à l’égard du PSU.
La Gauche révolutionnaire se constitue en organisation marxiste-léniniste en octobre et rompt avec le P.S.U.
Conseil national PSU, Contribution Fédération du Rhône
« Sur la crise du Parti »
La Fédération du Rhône expose les raisons de la crise du Parti et propose une motion pour en sortir. Pour eux, c’est l’absence de débat politique en référence à la pratique et le transfert des problèmes politiques sur les questions disciplinaires qui engendrent une incompréhension et le départ des militants. Les luttes menées récemment (Penaroya, Berliet-Bouthéon, Girosteel, le Joint français) ont été menées essentiellement par les O.S., les employés prolétariens, les travailleurs immigrés. Ce sont ces couches sociales qui constituent la base du mouvement révolutionnaire. Les formes de luttes et les objectifs avancés remettent en cause l’organisation capitaliste. Pour les militants révolutionnaires il est important d’associer ces travailleurs aux autres couches sociales exploitées car la question du pouvoir d’Etat, de sa nature et de sa conquête est posée. Les militants de la Fédération du Rhône estiment que le Parti est la seule force militante capable d’être un instrument de lutte révolutionnaire, de traduire la révolte et la lutte des classes en termes politiques à condition qu’un débat de fond s’engage pour dégager un projet politique qui réponde au questionnement des travailleurs exploités.
Conseil national PSU, Contribution du Bureau fédéral des Côtes-du-Nord
« Sur la situation interne du Parti »
Le Bureau Fédéral des Côtes du Nord dénonce les conflits de tendances au sein du PSU qui engendrent le départ des militants actifs. Il lui semble important que le Conseil national clarifie la situation des militants qui contestent les décisions nationales et qui minent le Parti. Ce Bureau Fédéral dénonce le caractère inopérant de « l’Union de la Gauche », le rôle de frein de la C.G.T. et du Parti Communiste dans les luttes. En revanche ils rappellent les possibilités d’un travail militant aux côtés de la C.F.D.T ou de la Ligue si on ne renonce pas pour autant à des conclusions et à des actions proprement politiques. Pour ce Bureau les victoires des luttes récentes démontrent que le PSU est indispensable sur l’échiquier politique pour promouvoir des objectifs révolutionnaires de socialisme décentralisé et autogestionnaire. Ce Bureau Fédéral soutient le Bureau National, approuve le compte rendu d’activité et fait confiance dans la réalisation d’un redressement rapide et indispensable du Parti.
Conseil National PSU, contribution Michel Rocard
« Le Parti que nous construisons »
Michel Rocard, Secrétaire National du Parti, par sa contribution aux débats préparatifs au Conseil National ne nie pas les difficultés internes du Parti. Pour lui le PSU gêne, ce qui explique que beaucoup aimeraient qu’il disparaisse. Cette opposition ne le tracasse pas, par contre il s’inquiète des oppositions à l’intérieur du Parti et dénonce l’attitude des camarades entrés au parti sans intention d’y rester mais plutôt pour engager la construction d’une autre organisation nationale. Le PSU tout entier doit faire sa mutation, assumer sa place dans le mouvement révolutionnaire tout en sachant lui donner des perspectives politiques. La condition de la réussite des débats est qu’il n’y ait pas deux partis en un mais que se construise autour de la diversité des opinions un programme unifiant qui puisse répondre aux aspirations de ceux qui luttent.
Conseil National PSU, contribution Gauche révolutionnaire
« Aujourd’hui, chaque militant doit choisir »
La Gauche révolutionnaire dans sa contribution au Conseil national de juin 1972 affirme que le PSU apparaît comme un parti charnière entre le camp réformiste et le camp révolutionnaire. S’il se rapproche de ce dernier par certaines de ces pratiques locales, il n’en reste pas moins étroitement lié au camp réformiste par le flou et l’inconsistance de ses structures, par son libéralisme idéologique et l’ambiguité de ses positions publiques. Il est temps pour la Gauche Révolutionnaire que le PSU affirme une ligne politique prenant en compte la liaison avec le mouvement de lutte des masses. Il est temps de permettre aux travailleurs en lutte d’avancer collectivement dans la prise de conscience de classe, dans la connaissance des voies et moyens du renversement des classes dominantes et du pouvoir d’Etat bourgeois et dans la résolution des contradictions au sein des luttes. La Gauche révolutionnaire ouvre le débat et invite les militants à choisir leur camp devant les questions d’intervention militante et d’organisation du Parti.
Conseil National PSU, contribution majoritaire
La préparation du Conseil National du PSU en Juin 1972 est l’occasion pour les militants de la tendance majoritaire d’apporter leur contribution dans les colonnes de Tribune Socialiste.
Ces militants n’acceptent pas que l’action du Bureau National soit freinée par l’expression des minoritaires au Congrès de Lille et qui dans les faits on commencé à créer une organisation autonome : « la Gauche révolutionnaire ». Pourtant les critiques de la Gauche Révolutionnaire et ses accusations vis à vis de la Direction du Parti ne semblent fondées sur aucune déclaration ou textes votés au Congrès de Lille. Le travail du Parti sur le travail syndical, sur les sections d’entreprises, sur le contrôle ouvrier, sur la stratégie et le rôle du programme affirment son caractère de parti révolutionnaire aux expressions plurielles et il semble que ce choix mérite d’être défendu et affirmé. Un débat large, au-delà du débat interne, doit être lancé autour du « pouvoir aux travailleurs ». Le PSU doit pouvoir dire ce qu’il est et où il va à l’intérieur du parti révolutionnaire. C’est en affirmant davantage sa propre orientation que le PSU pourra devenir une force-clé en raison de sa situation politique, de sa composition sociale et de sa force militante.
Conseil National PSU, expression minoritaire
« Pour une analyse politique de l’évolution du Parti »
La préparation du Conseil National du PSU en Juin 1972 est l’occasion pour les minoritaires de s’exprimer. Les minoritaires appellent les militants à ne pas voter le rapport d’activité du Bureau National.
Ils affirment que les changements du mode d’organisation du Parti décidés au Congrès de Lille n’ont pas répondu aux espoirs de ceux qui les avaient demandés. Les minoritaires estiment que la direction actuelle n’a pas joué son rôle dans les luttes de masse et a été incapable de coordonner et d’impulser les luttes. Sur la scène politique, la Direction a laissé le champ libre aux réformistes en ne favorisant aucun débat à l’intérieur du Parti. Avec une direction faible, hésitante, sans audience extérieure et intérieure, avec des positions ambiguës, le PSU est de moins en moins capable d’offrir une perspective claire aux luttes. Aussi ils invitent les militants à passer à l’offensive en prenant les initiatives nécessaires pour avancer sur la voie de la construction d’un parti révolutionnaire.
Conseil National PSU, Contributions
« Pour le PSU » – » Pas de potion magique pour le PSU » – « Miner le PSU c’est faire le jeu du réformisme »
Plusieurs contributions pour les orientations du Conseil National de Juin 1972 dénoncent l’immobilisme du Bureau National qui n’a pas su définir une orientation politique et des réponses qui rompent avec le réformisme . De là découle la pratique actuelle du Bureau national, tiraillé en permanence entre le flirt avec le PS ou le désir de devenir l’expression politique du courant quelque peu réformiste que représente la CFDT. Michel Destot affirme que la victoire du socialisme passe par le développement d’une force politique capable de manifester que l’enjeu des luttes actuelles est d’arracher le pouvoir politique et économique à la bourgeoisie pour décider collectivement du développement des forces productives et de la façon dont s’organisera, en conséquence, la vie sociale du pays. C’est aussi se battre pour l’unification des luttes des travailleurs ouvrant la voie à la gestion collective de l’outil de production et à un travail de formation en vue d’une société autogérée. Cela exige du PSU une attitude militante beaucoup plus offensive et un effort collectif possible qui dépasserait les luttes internes du parti.
Conseil national, rapport d’activité
Le rapport d’activité du Bureau National sera présenté au Conseil national des 10 et 11 juin 1972 à Juvisy. Ce rapport acte des difficultés interne et externe du parti. Il fait le point sur les orientations définies au congrès de Lille et ses applications. Il analyse la vie politique et sociale entre Juin 1971 et Mai 1972 tant sur le plan international que sur les questions strictement françaises tel que l’offensive Mitterrand et l’union de la gauche ou celle du mouvement révolutionnaire dans les luttes anti-capitalistes. Le rapport d’activité retrace également les difficultés nées du désaveu des tendances minoritaires sur les options prises au Congrès de Lille qui crée un climat délétère et le départ de nombreux militants. La Gauche révolutionnaire dont l’attitude scissionniste engage sa responsabilité dans la crise du parti, devra affronter le débat et le Bureau National se référant aux décisions du Congrès de Lille n’hésitera pas à prononcer un ultimatum à la Gauche Révolutionnaire. Ce rapport a fait l’objet de nombreuses contributions tout au long du mois de exprimant ainsi les différentes analyses des courants au sein du Parti.
De la guerre à la négociation
De la guerre à la négociation est-ce possible ? La grande erreur des stratèges américains est d’avoir mésestimé la riposte vietnamienne à la politique américaine de « vietnamisation ». Ce qui frappe dans cette offensive, c’est son aspect méthodique et économes en vies humaines. Elle consiste à couper à l’ennemi ses principaux axes de communication. La tactique utilisée par les patriotes vietnamiens sont menées en combinant l’artillerie et les blindés en évitant les assauts humainement coûteux : contournement et encerclement sont les deux axes de la tactique afin d’user le moral de l’adversaire. Un mois après le début de l’offensive, le général Giap et ses troupes contrôlent toutes les hauteurs du Sud-Vietnam et gardent l’initiative de la majeure partie des opérations. D’ores et déjà de grandes leçons sont à tirer de cette offensive sur le plan militaire, humain et politique. C’est pour la réunification de leur nation que les vietnamiens se battent et ils entendent être maître de leur avenir. C’est la fin de la balkanisation du monde au profit de grandes unités nationales. Un mois plus tard, Romain Saint-Servan fait le bilan de l’offensive tragique.
Conseil national, stratégie internationale du PSU
Le conseil national est l’occasion pour les membres du Bureau National de soumettre leur analyse de la situation internationale dans une perspective d’action du Parti.
Pour le Bureau national de tendance majoritaire les luttes contre l’impérialisme ou le colonialisme ou contre un régime aux ordres d’une puissance étrangère, sont avant tout politiques et doivent s’exprimer en soutien aux peuples qui défendent leur droit de choisir le type de société qu’ils souhaitent afin de préserver l’indépendance de leur révolution par rapport aux grandes puissances qui les soutiennent. La solidarité de tous les travailleurs est nécessaire pour lutter contre le capitalisme afin de préparer les conditions d’une riposte organisée et coordonnée face aux stratégies du capitalisme.
Pour les membres du Bureau national de tendance minoritaire, deux textes d’orientation expriment leur analyse. L’un axe sa réflexion sur le passage au socialisme tirant les leçons du mouvement ouvrier international et explique que la coordination des luttes à l’échelle internationale est une condition nécessaire à la victoire du socialisme en France. L’autre se référant à la crise générale du capitalisme explicite comment cette crise peut devenir une chance pour l’instauration de nouveaux rapports sociaux de production dans une perspective marxiste révolutionnaire.
Une victoire ouvrière : la lutte à Évian-Cachat
Le récit d’une mobilisation ouvrière dans une usine de fabrication de verre à Evian-Cachat d’avril à octobre 1971. Le conflit a démarré sur des problèmes dans l’entreprise (cadences, conditions de travail, garantie de l’emploi), les travailleurs ont contesté le pouvoir patronal et l’organisation capitaliste du travail. Leur victoire est celle du contrôle ouvrier. Le PSU continuellement présent dans la lutte a pris l’initiative d’une assemblée ouvriers-paysans le 3 Octobre 1971 pour tirer les conclusions politiques de la lutte et prolonger la victoire des ouvriers et paysans qui ont participé au mouvement de solidarité. La question du contrôle ouvrier et de l’autogestion a été posée concrètement. Le PSU conclut que c’est à travers la lutte et les leçons qu’en tirent les travailleurs que doit se définir un projet socialiste né de l’expérience commune.
Le mouvement anti-guerre aux Etats Unis
Le développement du mouvement anti-guerre aux Etats Unis est un des secteurs privilégiés où se forge le rassemblement de militants révolutionnaires en rupture avec le jeu des politiciens républicains ou démocrates. La force principale du mouvement est constituée par le NPAC (National Peace Action), coalition nationale d’action pour la paix. Elle vient d’organiser les manifestations de New-York et de Los Angeles qui ont regroupé le 22 avril 1972 plusieurs milliers de participants. Le mot d’ordre était « Out Now » (dehors tout de suite). En animant un réel mouvement de masse aux objectifs politiques, les révolutionnaires américains se donnent les moyens de contribuer à empêcher la récupération des forces principales du mouvement par les politiciens. Aujourd’hui, c’est sur la solidarité avec le Front révolutionnaire indochinois que doit construire le regroupement des révolutionnaires du monde entier.