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Des idées pour un socialisme du XXIe siècle ?

Tribune Socialiste n°72 – 21 octobre 1961

Manifestation du 17 octobre 1961

61-10_manifestationLe 5 octobre 1961, le Préfet de police, Maurice Papon, impose le couvre-feu à tous les algériens de Paris et de sa région, sous prétexte de lutter contre le terrorisme. Pour protester contre ces mesures discriminatoires et racistes, plus de vingt-cinq mille Algériens occupent pacifiquement et en famille, à l’appel du F.L.N., durant trois heures, le centre de Paris, le 17 octobre. La répression policière s’intensifie. Des algériens sont matraqués puis entassés dans des bus de la RATP et internés dans les stades parisiens et les commissariats pour être expulsés vers l’Algérie. Beaucoup d’algériens arrêtés cette nuit là ont « disparus » et d’autres jetés à la Seine s’en sont parfois sortis et sont restés cachés. Bertrand Renaudot pour Tribune Socialiste témoigne : depuis plusieurs mois la police française et les partisans de l’Algérie française massacrent les algériens de France dans les rues, les cafés ou les hôtels. Un communiqué de l’A.G.T.A. (Association Générale des Travailleurs Algériens) en donne quelques exemples.

Où en est l’Union Générale des Travailleurs Algériens ?

L’U.G.T.A. organise un séminaire de formation sur la réforme agraire en Algérie dont le but est de comparer celle-ci avec ce qui se fait en Chine, à Cuba ou dans d’autres syndicats agricoles. Dekkar, Secrétaire de l’U.G.T.A, explique dans son interview que le travail de formation et de recherche doivent aller de pair avec un effort de concrétisation des réflexions syndicales pour le combat qui permettra de supprimer les structures héritées du colonialisme.

Tribune Socialiste n°71 – 14 octobre 1961

Le Général de Bollardière rayé de l’armée

Deux comportements militaires différents : le Général Jacques Paris de Bollardière quitte volontairement l’armée qu’il estime déshonorante pour tous. L’ex-Général Salan, chef de l’O.A.S. a organisé la torture, il est épargné par la justice. Le comité Audin signifie que cette amnistie est la traduction de l’attitude du gouvernement De Gaulle, Debré, U.N.R., Massu.

Tribune Socialiste n°70 – 7 octobre 1961

Protestation contre la création de la F.N.E.F

Le gouvernement met en place une Fédération nationale des étudiants de France pour marquer son opposition à l’U.N.E.F. L’Assemblée consultative à Montpellier de la Fédération Nationale des Étudiants de France (F.N.E.F.) rassemble essentiellement des étudiants en médecine, en pharmacie, en droit, soient les associations traditionnellement classées à droite et à l’extrême droite. On s’accorde à penser que l’opération de soutien matériel de la F.N.E.F. engagée par le gouvernement serait téléguidée par l’homme-lige de Debré, au Haut Commissariat, Olivier Philip, à l’origine de toutes les mesures prises à l’encontre des mouvements de jeunesse. Les réactions sont vives. L’U.G.E doute de la représentativité d’une association dont l’existence n’est justifiée par aucune élection. La F.E.N. dénonce une association inspirée par des extrémistes de droite. (Extraits Analyses et Documents, N°20, 5 octobre 1961).

Tribune Socialiste n°69 – 30 septembre 1961

Résolution adoptée par le Comité Politique National

La politique contradictoire suivie par le Général De Gaulle a entraîné une situation explosive en Algérie. Le fascisme militaire de l’O.A.S. tend peu à peu à substituer son autorité à celle du Gouvernement central. Devant une telle situation le P.S.U. appelle à la mobilisation populaire contre le fascisme, pour le renversement du régime et la constitution d’un front socialiste. Il invite les organisations politiques et syndicales à tout mettre en œuvre pour la résistance anti-fasciste et l’organisation de meetings, colloques et manifestations de masse. Appels unitaires pour l’autodéfense anti O.A.S. dans l’Hérault, à St Etienne et à Montpellier.

« Il nous faut devancer la guerre civile »

Extraits de la conférence de presse donnée par Pierre Mendès-France à la salle des Ingénieurs civils le 25 Septembre 1961. Rejoignant l’appel du Bureau National du P.S.U. il appelle l’opinion à réagir contre un régime parlementaire qui n’existe plus, contre le pouvoir personnel et contre une guerre qui dresse les communautés les unes contre les autres. Il affirme que « si l’on sait que l’indépendance de l’Algérie finira par aboutir », il est toutefois urgent d’envisager le renouveau politique et un renouveau des structures politiques et sociales. Il invite toutes les forces politiques et syndicales à s’unir pour la négociation et la réflexion.

La Paix ou… le chaos

La reconnaissance par De Gaulle de la souveraineté algérienne sur le Sahara est un nouveau revirement après l’échec des négociations d’Evian et de Lugrin. Pour Ben Khedda, nouveau président du G.P.R.A, la reprise des négociations pour la paix est possible. Un communiqué du Bureau National du P.S.U insiste pour l’ouverture rapide des négociations car en Algérie les désordres se multiplient, des incidents éclatent de plus en plus entre soldats du contingent et les ultras. Les heurts entre les deux communautés deviennent de plus en plus fréquents. Les soldats sont prêts à désobéir face à l’imminence d’un nouveau coup d’état. Le P.S.U appelle à manifester pour un accord immédiat pour la paix avant un chaos inévitable.

Tribune Socialiste n°68 – 23 septembre 1961

Déclaration du Bureau National du P.S.U

Au-delà de l’abandon de l’article 16 qui paralyse toutes discussions à l’Assemblée Nationale, le Bureau National appelle à l’union et à l’action pour faire face aux menaces de l’OAS et organiser un régime démocratique qui redonne confiance à tous les acteurs politiques et sociaux. Il invite à la constitution d’une force de contestation rassemblant les syndicats ouvriers et paysans, les organismes de jeunesse et les partis politiques,  pour bâtir un programme et des objectifs qui ouvrent la voie à une transformation profonde de la société.

Tribune Socialiste n°67 – 16 septembre 1961

L’Union des Grandes Écoles défend Dominique Wallon

Dominique Wallon, Président de l’UNEF, a interdiction de se présenter au concours de l’ENA suite à ses engagements politiques en faveur de l’Algérie. L’U.G.E souligne que cette décision a été prise au moment où la France signait la « convention contre la discrimination dans l’enseignement ». Même l’U.D.T. (gaullistes de « gauche ») dénonce ce qu’elle nomme « une faute politique ».
(Extrait Analyses et Documents, N°19, 15 septembre 1961)

Peu de femmes aux stages. Pourquoi ?

Constat de l’absence de femmes aux stages de formation et au sein des organisations syndicales et politiques. Au stage « formation générale » on comptait 12 femmes et 41 hommes dont 75% sont mariés, au stage « entreprises » 4 femmes et 25 hommes. Si la participation féminine à la vie des section est bonne, il faut remarquer que peu d’entre elles ont des responsabilités : il n’y a que 4 femmes à la C.E. de Paris et une seule au C.P.N. et ce n’est qu’exceptionnellement qu’elles sont secrétaires de section. Ce constat ne donne pas la réponse au pourquoi de cet état de fait si ce n’est le constat d’un manque de garderies d’enfants à proximité des lieux de stages.

Tribune Socialiste n°66 – 9 septembre 1961

Les multiples interrogations à propos d’un remaniement

Le remplacement de Ferhat Abbas par Youssef Ben Khedda à la tête de l’exécutif du Gouvernement provisoire de la République Algérienne (G.P.R.A.) est interprété par certains comme de bon augure pour les négociations à venir. D’autres soulignent qu’au-delà de la lutte pour l’indépendance, ce sont les questions de l’Algérie future et des réformes à réaliser qui expliquent ce changement.

Tribune Socialiste n°65 – 2 septembre 1961

Conférence des non alignés à Belgrade

C’est le 1er septembre 1961 que s’ouvre à Belgrade la conférence des pays non engagés. Pour cette conférence, vingt-cinq pays non alignés, c’est à dire hors des blocs définis par la guerre froide entre l’URSS et les États-Unis, se réunissent à Belgrade suite à l’invitation de Tito : Président de la Yougoslavie. Les thèmes de discussion sont celles des luttes contre toutes les formes de colonialisme et de l’organisation à mettre en place pour obtenir une aide matérielle, sans condition politique, des États quels qu’ils soient, disposant de moyens. Ils abordent également la question du rétablissement et du renforcement de la paix et de la sécurité internationale, c’est ainsi que sont à l’ordre du jour Berlin et le Brésil. Le PSU représenté à cette conférence lance un appel en faveur des négociations pour la paix aux puissances concernées par l’actuelle crise de Berlin. Simone Lacouture et Claude Bourdet font le point pour Tribune Socialiste.

Création du « mur » de Berlin

Début de la construction du « Mur de Berlin » par les autorités de la République Démocratique allemande (RDA).

Tribune Socialiste n°64 – 29 juillet 1961

Français et Algériens de nouveau face à face

Dans son discours du 12 juillet 1961 à Lugrin, De Gaulle annonce la reprise des négociations entre l’Algérie et la France. L’annonce du partage de l’Algérie a jeté de l’huile sur le feu et mobilisé les solidarités marocaines et tunisiennes sur la redéfinition des frontières. Mais Bourguiba, jusque là allié du gouvernement français, se désolidarise et lance la double opération de « Bizerte » (contre le gouvernement français) et de la « borne 233 » (contre les algériens). Toutes ces divergences ne présagent pas une négociation fructueuse pour la paix.

Tribune Socialiste n°63 – 22 juillet 1961

Contre un régime usé, le front socialiste

Dans l’esprit du Congrès de Clichy, un communiqué du Bureau National appelle au regroupement des forces de gauche pour imposer le front socialiste face au pouvoir personnel en place. Le mythe gaulliste qui faisait du Général un sauveur s’use et chacun comprend de mieux en mieux que son pouvoir personnel s’intensifie et voudrait même se prolonger par la nomination d’un dauphin ! La guerre d’Algérie se prolonge de façon la pire, la guerre scolaire est ranimée et les moyens dont devrait disposer l’université sont inexistants tandis que les étudiants qui dénoncent cette situation voient leurs bourses supprimées.

La prison de Fresnes par la grand’porte

Dans tout régime normal, les officiers putschistes, pour avoir voulu renverser le gouvernement, seraient passibles de lourdes peines et auraient été considérés comme dangereux pour la sécurité de l’État, mais aujourd’hui,  ils s’évadent de la prison de Fresnes avec la voiture officielle du Colonel Crespin, qui a eu un commandement en Algérie. Celui-ci est aujourd’hui, Directeur de la préparation Olympique auprès du Cabinet du Haut Commissaire à la Jeunesse M.Herzog. Ces officiers comploteurs savaient n’avoir rien à craindre d’une Justice aux ordres du Gouvernement. Le sous titre de l’article est explicite : « C’est par la tête que pourrit le poisson ». La complicité du gouvernement Debré ne trompe personne.

Suppression des subventions pour le festival étudiant international de Poitiers

“ Ne faites plus de politique et vous serez subventionnés » dit en substance, Lucien Paye, Ministre de l’Éducation Nationale aux dirigeants de l’U.N.E.F. qui répondent par un communiqué affirmant la nécessité, lors des pourparlers avec le G.P.R.A .[Gouvernement Provisoire de la République Algérienne], de préserver l’intégralité du territoire algérien « Sahara compris ». En conséquence, les subventions prévues pour le festival étudiant international de Poitiers sont supprimées. (En 1960 seule la subvention de fonctionnement avait été supprimée par le Haut-commissaire Herzog). L’Assemblée Générale du 2 juillet condamne les mesures d’intimidation et de chantage prise à l’égard de l’UNEF.

(Extrait Analyses et Documents, N°18, 15 juillet 1961).

Tribune Socialiste n°62 – 15 juillet 1961

Communiqué du Bureau National P.S.U.

La journée du 5 juillet a été marquée par une répression brutale en Algérie. Le gouvernement français après avoir accepté le principe de l’autodétermination tente par tous les moyens de la retarder. Le partage de l’Algérie ne peut avoir qu’une conséquence désastreuse et renforce les déterminations du FLN et la solidarité entre le nationalisme algérien et les autres nations africaines. Le Bureau National du P.S.U appelle l’opinion à manifester par tous les moyens pour imposer une vraie négociation pour la fin de la guerre.

Menaces et chantages : De Gaulle choisit la guerre

De Gaulle, avant toute négociation avec le Gouvernement provisoire algérien propose, à l’Algérie indépendante mais coupée du Sahara, une association avec la France. Loin d’engager le processus de paix, ces déclarations cristallisent les tensions et risquent l’internationalisation du conflit.

 

La grève à Orsay de l’ensemble du personnel de la Faculté des Sciences, à la suite de la mort d’un technicien de la faculté au cours de son service militaire, l’arrestation de deux membres du P.S.U à Marseille et la saisie d’un ouvrage publié aux éditions Robert Morel montrent que la répression et la guerre se poursuivent malgré tous les discours et déclarations contraires.