Pratique syndicale, l’action revendicative
Sur la base des orientations du Congrès de Dijon la plate-forme de l’action revendicative est axée sur l’universitaire. Pour redonner force au mouvement, il apparaît nécessaire de recentrer l’action revendicative autour de problèmes qui concernent directement les étudiants : la réforme de l’université (contenu, méthodes et structures de l’enseignement, moyens de la réforme) et le statut de l’étudiant (salaire étudiant). Les moyens d’action proposés sont les groupes de travail Universitaire (« opération GTU »), ou les cahiers de revendications élaborés par les étudiants…
Contre le plan de stabilisation
Le plan de stabilisation a pour but de bloquer les salaires. Pierre Massé, commissaire général au plan a ouvert le 24 Octobre 1963 la « conférence des revenus ». Il a déclaré que cette conférence était un « jalon » dans une oeuvre de longue haleine. Cependant les syndicats sont hostiles au plan de stabilisation. Après le mouvement des cheminots c’est l’ensemble du secteur public qui se mobilise contre ce plan. Il semble urgent que les syndicats et les partis définissent une politique économique et sociale susceptible d’être opposée au plan de stabilisation.
Morbihan : pour la défense des Forges à Hennebont
Dans le Morbihan, la manifestation pour la défense des forges à Hennebont est l’expression sociale de la défense de l’aménagement du territoire contre le capitalisme et le profit. À la veille de la visite dans la région de Olivier Guichard, directeur de l’aménagement du territoire, une marche de 12 Kms a été organisée le 26 Octobre 1962 entre Hennebont et Lorient. Elle réunissait plusieurs milliers de participants. Un meeting s’est tenu ensuite à Lorient. La motion votée insiste sur la nécessité de créer des industries nouvelles pour absorber la main d’oeuvre excédentaire qui va s’accroissant dans la région.
Meurthe et Moselle, la crise des mines de fer rebondit à Trieux
En Meurthe et Moselle, la crise des mines de fer entraîne des grèves. Deux cent quarante huit mineurs ont été licenciés brutalement à la mine de Sancy suite à une défaillance des clients belges. L’ensemble des mineurs de Sancy décidèrent de riposter par la grève du fond. Les cadres solidaires affirment qu’il s’agit moins de Sancy que de tout l’économie du bassin qui est menacée. Il faut une coordination au niveau national de l’ensemble des mines et de la sidérurgie, des efforts d’investissement et l’implantation d’industries de transformation. Enfin il est nécessaire de réfléchir à une organisation européenne des importations. Plus globalement, c’est un plan régional d’aménagement qui doit être pensé.
Le Maghreb déchiré
Les relations entre les pays du Maghreb sont bouleversées par de violentes crises qui ont opposé tour à tour la Tunisie au Maroc, puis la Tunisie à l’Algérie et maintenant l’Algérie au Maroc. Ce dernier a suscité un nouveau conflit à propos de ses frontières. Conflit d’abord politique, ce différend a pris la tournure d’une bataille d’usure, car les tentatives d’organisation du Maghreb esquissées à plusieurs reprises, n’ont pu être réalisées tant elles remettent en cause une organisation héritée du colonialisme qui aurait pour conséquence l’embrassement de l’ensemble des pays africains. Le décalage d’ordre social, politique et idéologique entre les pays, a fait avorter les efforts entrepris. A l’opposé, les forces les plus éprises de l’unité maghrébine se rencontrent au sein du mouvement syndical des trois pays ainsi que parmi les étudiants rassemblés dans un mouvement commun.
L’Algérie nouvelle et ses amis français
L’Association d’amitié et de solidarité franco-algérienne (A.S.F.A.) fait le bilan positif des trois stages de l’été. Cette rencontre a été l’occasion pour Manuel Bridier, P.S.U. ou Claude Lestier de Libération d’informer sur la réalité algérienne, notamment sur les comités de gestion, le caractère socialiste de la révolution algérienne et également sur le conflit latent entre l’Algérie et le Maroc. La rencontre se termina par la lecture d’une motion, rapidement votée et non amendée, sur ce qui aurait pu être une prise de position sur le conflit entre l’Algérie et le Maroc.
Comité d’action pour la Bretagne
Suite à une série de promesses gouvernementales non tenues, Y.Tanguy-Prigent, Député du Finistère, déplore l’absence de doctrine et de plan cohérent en faveur du développement des régions les moins favorisées. En écho, les organisations régionales C.G.T., C.F.T.C., F.E.N., P.S.U., S.F.I.O., P.C. décident de créer un Comité d’Action pour la Bretagne pour une action de la base sans attendre les promesses gouvernementales.
Comité d’action pour la Bretagne, première réunion à Pontivy
La première réunion du Comité d’Action pour la Bretagne décide d’organiser une journée nationale d’action pour la défense des Forges d’Hennebont le 26 Octobre. Le Bureau du Comité comprend un représentant de chaque organisation qui coordonnera et animera les revendications locales. Affirmation de la nécessité d’une action décentralisée réunissant tous les travailleurs, des villes et des campagnes, pour la défense de leurs intérêts.
Indépendance et unité syndicale
Au-delà des revendications des syndicats F.O., C.G.T et C.F.T.C sur le salaire minimum et le temps de travail dans les industries chimiques qui emploient plus de 110 000 salariés, la question de l’unité d’action revendicative syndicale est posée. L’indépendance relative de la C.G.T par rapport au parti communiste est au coeur des controverses sur l’unité syndicale. La Fédération F.O. des industries chimiques souligne que le mouvement syndical doit « être démocratique, laïque, indépendant des partis, des Églises, des pouvoirs et des patrons ». Toutes les centrales syndicales souhaitent cette indépendance qui n’est pas facile pour autant à mettre en place.
Petite histoire du sport universitaire
Le sport universitaire est oganisé au travers d’une institution très ancienne puisque c’est en 1905 que les associations générales d’étudiants créent les premiers clubs universitaires sportifs. En 1956 l’UNEF créa pour regrouper les clubs sportifs universitaires l’O.S.U (Office du Sport Universitaire) avec à sa tête Jacques Flouret. L’histoire de l’O.S.U qui devient l’OSSU (Office du Sport Scolaire et Universitaire) est l’illustration de l’opposition entre la conception fédérative de l’UNEF et celle du gouvernement qui ne supporte pas l’organisation autonome et non contrôlée des activités du secteur jeunesse.
La politique culturelle de l’U.N.E.F.
Au Congrès de Dijon, l’U.N.E.F. affirme la nécessité de réfléchir à un programme culturel pour tous qui devrait intégrer l’étudiant dans la cité. Le programme culturel à développer s’oriente vers une organisation ouverte de la culture dans laquelle la participation des membres actifs deviendra un engagement réel et une option politique pour dépasser la simple consommation de ce qui est imposé comme produit culturel. Pour cela il est nécessaire que le mouvement s’inscrive dans la reprise en main des structures socioculturelles, étudie quel pourrait être leur rôle dans leur gestion et leur animation en vue d’une large diffusion de la culture conquise.
Le pain quotidien
Pour lutter contre l’isolement de l’étudiant, le travail au noir, et le peu de moyens de subsistance pour l’étudiant qui veut devenir indépendant de sa famille et de l’État, L’U.N.E.F. revendique l’attribution de l’allocation d’études. En outre la question de l’offre de logements reste une préoccupation et un axe d’action pour le mouvement.
Les Bourses…en 1980
L’UNEF axe ses revendications sur le salaire étudiant, débat lancé dès la Libération, mais qui doit se concrétiser et remplacer le système des bourses. Les étudiants russes et italiens ont obtenu ce salaire étudiant sur critères universitaires. Le syndicat ne doit pas être seul à porter cette revendication, se sont les étudiants qui doivent s’impliquer pour la faire aboutir.
Les relations intersyndicales
La vie scolaire comme universitaire coupe volontairement l’étudiant du monde extérieur et contribue à creuser un fossé infranchissable entre la classe ouvrière et le monde étudiant. Pourtant, un certain nombre d’activités peuvent être développées en commun : organisation commune des loisirs, réflexion sur le devenir professionnel, ou le logement. Imposer une politique sociale au pouvoir, développer notre collaboration, tels sont les objectifs permanents du mouvement de rapprochement entre ouvriers et étudiants. Ce travail commun transformera les conditions de vie des uns et des autres, au-delà de l’organisation sociale imposée par le pouvoir.
Force de frappe et désarmement
L’affirmation réitérée par le Général de Gaulle de poursuivre sa politique de développement de la force de frappe militaire oblige l’UNEF à se positionner contre cette politique ruineuse, inefficace et dangereuse et à se rapprocher des forces démocratiques qui manifestent en faveur de la paix, pour le désarmement et contre le développement des armes atomiques.
L’Université et les besoins de l’économie nationale
Un constat : l’université ne forme pas le personnel dont l’économie a besoin. C’est un problème à la fois quantitatif et qualitatif. Il est donc nécessaire de prévoir une réforme de l’enseignement et des programmes plus en rapport avec la réalité économique et d’organiser la formation continue pour adapter les connaissances aux évolutions techniques. La commission universitaire a exposé le résultat de ses analyses au Congrès de Dijon. Elle souhaiterait que ce premier travail d’investigation sur les besoins de qualification soit approfondi.
La rentrée scolaire et universitaire vue par les chiffres
L’accroissement du nombre d’élèves et d’étudiants ajouté à l’afflux des rapatriés d’Algérie présage d’une rentrée 64 difficile, en particulier dans le secondaire et l’enseignement technique. Les chiffres parlent et montrent l’urgence qu’il y aurait à consacrer un budget beaucoup plus important tant pour les constructions que pour le recrutement de professeurs qualifiés.
L’Élimination
Pierre Bibard dénonce les conditions d’études très difficiles à l’Université : locaux, amphis, cours et TD surchargés, logements éloignés, choix des orientations difficiles et obscures. Rien ne permet à l’étudiant de réussir ses examens. L’action syndicale, au travers des groupes de travail universitaire, ne peut à elle seule remédier à cet état de fait. Il faudrait pouvoir créer un dialogue entre étudiants et professeurs, dénoncer les modes d’enseignement et les structures non adaptées et pouvoir permettre à l’étudiant une analyse critique de la situation.
D’où vient le syndicalisme agricole ?
Présentation de l’ouvrage édité par les Éditions de l’Épi sous le titre « Les Étapes du syndicalisme agricole en France » par L.Prugnaud. Si ce livre n’apporte pas un point de vue neuf sur le syndicalisme agricole, il a le mérite d’être clair et synthétique. J.C.Barigel regrette que la partie concernant la période récente ne soit pas plus développée faute de place. Des références bibliographiques permettent au lecteur d’approfondir la question.
Sarthe, la terre doit rester à ceux qui la travaillent
La remise en cause du droit de préemption pour les fermes qui n’atteignent pas 50 ha risque de priver les agriculteurs de leur outil de travail. Ainsi, des groupes financiers puissants ou des sociétés capitalistes vont se rendre acquéreur des propriétés sur lesquelles vivent et travaillent des familles de fermier. Le PSU a soulevé le problème lors des dernières consultations électorales mais le gouvernement en aggravant les conditions de prêts du Crédit Agricole met tout en oeuvre pour diminuer le nombre d’exploitants agricoles. Les structures d’exploitation agricole doivent être organisées par les paysans eux-mêmes mais avec le pouvoir en place il est fort probable que cela reste un voeux pieux.
Stage de formation de responsables sanitaires ruraux en Algérie
A l’initiative de l’UGEMA et de l’association générale des étudiants en médecine de Paris, des moniteurs algériens et français : étudiants en médecine ou infirmiers ont formé 65 algériens aux premiers soins, aux dépistages, à la protection et à l’orientation médicale, pendant deux mois. Une aide précieuse pour l’Algérie dont le besoin sanitaire est essentiel.
Algérie : nationalisation et soulèvement
Le 1er octobre, le gouvernement algérien annonce la nationalisation des biens des colons gérés désormais par des comités de gestion. Par ailleurs, le vote en faveur de la nouvelle constitution enregistre une abstention importante en Kabylie qui regroupe le plus important bataillon du front des forces socialistes (F.F.S.), créé le 29 septembre 1963 par Hocine Aït Ahmed, opposant déclaré de Ben Bella. Si ce mouvement kabyle bénéficie d’un appui favorable de la part des troupes marocaines à la frontière, son opposition à Ben Bella n’est pas suivie par la majorité des algériens qui veulent avant tout la paix. Cette rébellion n’a pas entraîné, dans l’immédiat, de rupture dans le dialogue avec le Maroc sur le tracé des frontières mais a limité les interventions des oppositionnels au sein du parti FLN et à l’Assemblée Nationale.
Le front intersyndical de Toulouse
Bien avant les débats du 52ème Congrès et dès Mars 1960, l’Assemblée Générale des Étudiants de Toulouse crée un front d’union syndicale associant l’A.G.E. UNEF de Toulouse, la C.G.T, la C.F.T.C, le S.G.E.N et la F.E.N pour répondre de façon unie aux évènements d’Algérie. Cette union syndicale a particulièrement été présente également lors de la grève des mineurs. Solidaire des questions toulousaines ce front intersyndical, en 1963, se positionne sur la loi anti-grève, la question des libertés en Espagne, la réforme de l’enseignement, le logement, les équipements sociaux et les impacts régionaux du Vème plan.
Vietnam, la troisième voie est coupée
Au Vietnam, la troisième voie serait pour les Américains de pouvoir remplacer Diem par un autre dirigeant qui pourrait être assez représentatif pour avoir la confiance des siens et en même temps « compréhensif » pour les intérêts de l’impérialisme occidental. Et l’on doit constater que, nulle part ni en Amérique du Sud, ni en Algérie, cela n’est réalisable. Le libre choix des populations doit être respecté. L’Occident est condamné à soutenir des régimes de plus en plus impopulaires mais qui favorisent ses intérêts économiques et politiques ou à accepter l’unification du pays sous la direction du gouvernement de la République Démocratique du Vietnam du Nord (R.D.V.N). Cette unité ne naîtra pas de combinaisons politiques extérieures ou de savants dosages de diplomatie. C’est le combat du peuple vietnamien, avec tous ses alliés du tiers monde, qui l’imposera tôt ou tard.