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Des idées pour un socialisme du XXIe siècle ?

Susan George
Biographie :

 

Susan GEORGE (1934-2026)

Politologue franco-américaine, cofondatrice d’Attac,  essayiste d’origine américaine, Susan George a, par ses nombreux ouvrages et actions
militantes, fait prendre conscience au public français et européen des dégâts de la mondialisation libérale et des dangers que les entreprises multinationales et les organisations multilatérales (Organisation mondiale du commerce [OMC], Fonds monétaire international [FMI], Banque mondiale…) faisaientpeser sur la démocratie et le progrès social. Elle est morte, le 14 février, à Paris, à l’âge de 91 ans.
Née le 29 juin 1934 dans une famille américaine aisée, Susan George vient faire des études en France à la fin des années 1960, en pleine guerre du Vietnam, s’y marie et y restera – elle acquiert la nationalité française en 1994.
Etudiante en philosophie et sciences politiques, elle s’engage dans le Paris American Committee to Stop War (« comité américain pour l’arrêt de la gare »), où elle fréquente les chercheurs de l’Institute for Policy Studies, dont
le fondateur, Samuel Rubin, souhaite ouvrir une branche en Europe pour échapper à la répression qui sévit alors sur les campus américains. Ce sera le Transnational Institute, créé en 1974 à Amsterdam, dont Susan George sera un des piliers et la présidente, et dont la raison d’être est d’apporter aux mouvements de lutte pour la démocratie, la justice et le progrès, les savoirs et analyses qui permettent de convaincre et d’agir dans le débat public.
Chercheuse militante, Organisatrice infatigable et écrivaine de talent à la verve caustique, elle participe à une étude sur la cause des famines dans le monde destinée à l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), dont elle fera un livre,publié en 1976, Comment meurt l’autre moitié du monde (Robert Laffont, 1978), qui connaît un succès mondial. , observe Geneviève Azam, économiste à
l’université Toulouse – Jean-Jaurès et membre d’Attac, association dont Susan George fut la cofondatrice en 1998 et vice-présidente.
« Dénoncer la révolution verte et les “innovations techniques”, rejeter l’argument démographique malthusianiste pour rechercher les causes des famines dans le fonctionnement du capitalisme, des institutions internationales
et de l’industrie agroalimentaire n’était pas évident à l’époque » Celle-ci utilise dans ce livre la méthode qu’elle déclinera dans toute son œuvre : décrypter le fonctionnement de ceux qui ont le pouvoir pour comprendre pourquoi et comment ils en viennent à agir contre l’intérêt général.
Non pas à travers une analyse théorique, mais par des exemples, des descriptions, des faits précis, ce qui fera dire à Susan George qu’elle n’est pas une intellectuelle, mais une chercheuse militante (« a scholar activist »).
C’est la « stratégie Dracula » (si on expose un vampire à la lumière, il meurt), selon l’expression de sa collègue américaine Lori Wallach. Une méthode qu’elle étendra à la dette des pays du Sud, aux accords de commerce
« stratégie Dracula »
Parallèlement, Susan George mène une intense activité militante de débats publics, mais aussi d’actions spectaculaires sur tous les fronts de l’altermondialisme. Elle participe aux campagnes anti-OGM et contre Monsanto, au blocage du sommet de l’OMC à Seattle, en 1999, aux manifestations contre le G8 de Gênes en 2001,
aux actions d’Attac contre les paradis fiscaux.
Elle soutient également l’organisation des Forums sociaux mondiaux (Porto Alegre, 2001). Avec deux limites toutefois : elle refuse de prendre part à la compétition politique (ce qui lui vaudra d’entrer dans un conflit
douloureux avec la direction d’Attac en 2004-2005 lorsque celle-ci se laisse tenter par une participation aux élections européennes), ou encore de soutenir les actions violentes et les régimes autoritaires au nom de l’anticapitalisme. (…)
, dit-elle dans un entretien à la revue , en 2012. « Les “ismes”, le trotskisme, le communisme, le maoïsme, tout ça ne m’a jamais attirée. Je ne fais plus confiance aux purs et durs » Mouvements. Elle soutient en revanche les actions de désobéissance civile non violente, comme celles d’Extinction Rebellion
ou de Greenpeace, du conseil d’administration duquel elle sera membre. Ses deux plus grands faits d’armes sont peut-être d’avoir convaincu le gouvernement français de rejeter l’accord multilatéral sur l’investissement en 1997-1998 et, ce qui est moins connu, d’accepter de négocier le désarmement de l’ETA au Pays basque, en 2017.